Didd

Mémoires et bricolages salés et iodés

15 août, 2007

Les pires journées d’hiver sur un bateau feux.

Classé dans : textes personnels — didd @ 18:38

La relève a pu être faite (juste limite)
Le mauvais temps est arrivé, d’ailleurs on a l’impression qu’il n’est jamais parti.
Je viens de finir de manger et ça ne passe pas bien.
Pas malade malade, mais pas bien vaillant
Il me faut toujours un temps d’adaptation
Il est presque midi et je suis d’astreinte jusqu’a 6h se soir,
Et il faut que je descende à la machine retrouver ces odeurs de gasoil.
Le baromètre continue sa chute et l’anémomètre son envolée.

bassurelle01200.jpg

35 nds de vents force 7 pas de quoi en faire un monde.
Les moteurs n’ont pas été arrêtés de la nuit , le phare est resté allumé et on doit mettre un peu de propulsion pour ne pas trop dérader (chassé reculé).
La sirène meugle mais on ne l’entend déjà plus.
La visibilité est encore tombée, le vent et la mer ont fraîchi. Maintenant on doit fermer toutes les portes, on vit dans notre cocon.
Interdiction formelle d’aller sur le pont, mais c’est pas la peine de le dire.
La chaîne qui tient le bateau au fond fait des gros bruits.
Dans la machine il fait bon, pas besoin de doudoune.
Ma ronde de contrôle est terminée.
Bien calé dans un fauteuil j’ai un 1/4 d’heure devant moi.
Je profite de l’endroit le plus confortable du bateau,
C’est ici  que les mouvements de la houle sont les plus atténués.
Le bruit depuis longtemps ne me dérange plus.
Je pourrais presque prendre un bouquin et m’évader 5 minutes.
Mon collègue de repos ne doit pas dormir beaucoup.

bassurellemauvaistemps01200.jpg

6H j’ai fini mon astreinte, la-haut ça valse
Tout l’équipage est réuni, le cuistot n’arrête pas de tout maudire
C’est lui qui a le plus mauvais rôle.
Manger demande de la concentration.
Mon mal de mer diminue et je vais pouvoir retrouver ma bannette (lit étroit)
Mon collègue me réveillera a 1h pour mon quart de nuit.
En fait je ne dormirai pas.
On ne sait pas combien de temps ça va durer, on sait qu’un jour ça va finir.

sandettiehelico200.jpg

C’était 2 vieux bateaux a bout de souffle
Ils étaient là depuis 1947 et aucune tempête n’en est venu à bout.
A bord, bien que modernisé, on n’avait pas beaucoup de moyen de conservation.
Un seul grand congélateur, et, au fur et à mesure qu’on le vidait, on le remplissait par notre pêche.
On ne mangeait jamais notre poisson, c’était pour la terre.
Les anciens avaient tellement bataillé pour améliorer leur quotidien qu’aux repas on mangeait presque toujours de la viande.
Il n’y avait pas de boulanger et on embarquait un pain spécial qui devait durer 15 jours mais qui prenait vite un drôle de goût.
On avait le chauffage central et dedans on n’avait pas froid.
La température en mer et bien plus douce qu’à terre.
Demain le temps sera meilleur.
Quand je rentrais de ma quinzaine, je courais tout de suite acheter du pain frais, et c’était un délice
(celui de bord bien que spécial avait 15 jours mini et n’était plus bon)
La vie du bord était rythmée par les quarts.
Moi j’étais mécanicien et chaque nuit je me retrouvais seul avec un matelot.
C’était une nuit de 21h à 1h du matin et l’autre jour de 1h à 5h en roulement.
Chaque matin on avait 3 heures de travail commun d’entretien, et 1 jour sur deux on avait une astreinte de midi a 18h. Ça nous laissait quand même pas mal de temps libre.
On était à titre personnel en pêche à la ligne 24 h sur 24.
Quand il faisait beau on mettait même un zodiac à l’eau pour pêcher la morue un peu plus loin.
L’hiver c’était plus dur : la visibilité dans les grains devenait souvent nulle et le phare restait en marche presque tout le temps. Avec évidemment la fameuse corne à brume, on rajoute à ça le bruit des groupes électrogènes et le bruit de la mauvaise mer. Ça donne une ambiance remuante humide et bruyante mais ça faisait tellement partie de notre vie qu’on ne l’entendait plus.
On était tellement habitué au bruit que le manque de bruit nous réveillait.
L’été c’était ambiance club med à fond.
Quand venait le jour de la relève, si le temps était mauvais, on attendait le lendemain etc… Jusqu’au beau temps
J’ai eu fait 20 jours (il y avait toujours des vivres pour le cas où!!)
Évidemment on avait envie de rentrer a la maison.
J’habitais Dunkerque et souvent avant la fin de ma quinzaine de repos cette mer me manquait

             sandettie01nuit200.jpg                      sandettielephare200.jpg                   sandettiedernierretour200.jpg

(cliquer sur les vignettes)

01- Sandetti de nuit (photo perso)
02- Sandetti, le phare (photo récupérée du livre « les bateaux feux »)
03- Sandetti dernier voyage (photo récupérée du livre « les bateaux feux »)

 

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