Didd

Mémoires et bricolages salés et iodés

12 avril, 2008

TRANS-MANCHE 89

Classé dans : souvenirs — didd @ 10:04

Traversée de la Manche à l’aviron
par les filles du Cap Sizun

Récit de Anne 

 

Aujourd’hui, 2 octobre 1988, enfin notre plus belle coupe.
On y a toutes mis du nôtre pour remporter ce championnat régional d’aviron,
Catégorie féminine bien sûr.

Sur le chemin du retour , on fait déjà un tour d’horizon de nos prochaines balades hivernales.
Et puis, je ne saurais dire si c’est Dominique, Cécile, ou Pascale qui a l’idée…..

Et si on traversait la Manche……
5 secondes de temps mort……….

Mais oui, pourquoi pas !

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                          Yole aux iles Glénan.

Nos week-end s’orientent vers les grandes virées :

Ile de Sein, Glénan, Douarnenez-Camaret, quelques petites frayeurs du côté de Penmarch avec 25 nœuds et une mer formée.
Mais on ne peut plus s’arrêter. En fait notre entraînement ne fait que commencer.
Car si aujourd’hui on sait faire de l’aviron, la partie publicité sponsoring n’est pas gagnée d’avance.
Avec quelques conseils de Didier Plouhinec (Cap Nord , Cap Sizun en kayak 5500 km à la pagaie), qui n’est plus novice en matière d’aventure, on se dirige en tout premier lieu vers le Centre de la Cure Marine de Tréboul, qui assurera la préparation physique et diététique.

Déjà Pascale capitule. Ce n’est pas facile. On reforme l’équipage et ça continue de plus fort. Nous sommes bientôt au mois de mai. Le départ est prévu dans la semaine du 12 au 18 juin. Si on fait le bilan on a pas un sou en caisse, ni le bateau accompagnateur.

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     Arrivée sur la pointe de Benbridge, île de Wight. 

Il faudra attendre qu’on fasse l’équivalent de la traversée de
la Manche entre St Guénolé et Lorient,      

Soit 70 milles pour que tout s’accélère. Plus que 15 jours. Les dossiers de demandes de sponsoring sont partis tard. Des réponses négatives nous parviennent bien sûr, et puis, quelques espoirs nous sont prodigués par des commerçants locaux qui croient en notre projet. On réussit jusqu’au jour du départ, à réunir la modique sommes de 15 000 Frs. Bien loin du budget prévisionnel. Tant pis !

De leur côté les collègues ont mis la main à la pâte. Ils ont déniché le Strobinell, un ketch de 13 mètres qui est prêt a assurer le suivi du périple. Il ne manque plus que ….. mais  oui !

Je connais un gars qui bosse à
la F.R.C.M., il nous fournira le DECA et tout le matériel qui fait défaut au Strobinell pour être armé en seconde catégorie.

La troupe s’est étoffée. Maurice, patron de
la S.N.S.M. (Société Nationale de Sauvetage en Mer) s’est rallié à nous avec joie. La manche il connaît. Il « sera entre autre notre public relation » , assurera toutes les liaisons avec les journaux et la télévision. Didier lui s’occupera de l’intendance et de la partie révision technique. La yole a besoin d’un sérieux lifting.

   Dimanche 11 juin. 
Sous la brumasse matinale, la yole Brug 24 du Club d’aviron du Cap Sizun, toutes ses couleurs refaites à la transmanche 89 quitte Plogoff sous le regard de quelques voisins enthousiastes. Direction : Cherbourg.

   Lundi 12 juin.  
Après une bonne nuit à l’hôtel, on finit les derniers préparatifs. Il faut être méthodique. Chacune ses préparations : vêtements, boissons, alimentation.

Maurice, après avoir obtenu des renseignements aux affaires maritimes, nous annonce que le départ pourra se faire la nuit prochaine. La météorologie nationale est en grève, on fera sans. La presse locale, intéressée par cette tentative, nous questionne. Dans leur esprit ce n’est encore qu’une tentative – après tout, ils en ont vu d’autres –

    1 heure 30.    
Nuit du lundi au mardi 13 juin.   Une heure et demie du matin, c’est Maurice qui nous réveille. Il a déjà scruté le ciel. Parfait. Vent léger, «vous l’aurez par le travers, et peut-être même favorable ». Déjà tout le bateau s’agite. On a réussi a s’y caser tous pour cette courte nuit (9 personnes). Tout le monde se scrute. Il faut à tout prix se remplir l’estomac….même à 1 heure 30 ….le petit déjeuner est copieux. Déjà chacun conditionne son corps et son esprit.
Sur le Strobinell, Didier, Maurice, Philippe le skipper et Monique (remplaçante), organisent leur espace.

   3 heures.  
Régine, Dominique, Cécile, Bernard et moi avons pris place sur la yole. Toute la marina somnole.
Lorsqu’on sort des digues de Cherbourg, un clapot dur nous accueille sur la rade, pas bien méchant.
Il est 4 heures , les lumières de la ville s’éloignent. Le ciel est clair et étoilé. C’est impressionnant.

A quelques mètres de nous, le Strobinell a pris un long tour de garde qui doit nous mener jusqu’à Portsmouth. Assister au lever du soleil dans ces conditions nous positionne ailleurs, membres privilégiés d’un spectacle unique qui nous communique l’enthousiasme et le bien être. C’est tout au moins ce qui ce passe dans ma tête, car pour Cécile le scénario n’est pas le même. Elle commence a ressentir le mal de mer. Elle refusera tout au long de se faire remplacer.

 « On approche du rail d’Ouessant.  Vous avez bien marché jusqu’à présent ». Didier en zodiac est venu nous amener du ravitaillement et s’assurer du moral de la troupe. Ici, a bord chacune assure une heure de barre après quatre heures aux avirons. Je ne suis pas la seule à apprécier lorsqu’arrive le tour de Dominique. Pour briser la monotonie, elle entonne quelque airs de chants de marins. « nous, quand on chantait, c’était pour nous donner du courage ». Ainsi résument souvent les vieux marins, à qui on pose la question sur la valeur du chant dans l’ancienne marine à voile. Je comprends mieux ces propos.

   11 heures. 
La mer est calme,  le ciel légèrement voilé. Nous sommes au niveau de la bouée CE2 qui délimite le milieu du rail. Soudain, devant nous, sortant d’une légère brume, un premier bateau, puis un autre. Ils sont a cinq ou six d’affilé. Il ne faut pas traîner dans les parages. On saute la pose de 11 heures qui devait nous amener un repas consistant a base de riz au lait….C’est difficile. Il faudra ramer une heure de plus. Une heure pour se dégager du rail montant .C’est long quand l’estomac est vide. Le pointage de Didier est causant, notre vitesse accuse une sérieuse chute.

  16 heures. 
« On n’a jamais été aussi près de Portsmouth ». Et pourtant…..Pendant les préparatifs, on avait dit que l’Ile de Wight était très haute. Elle serait visible presqu’à mi-parcours. Nous sommes au 2/3 et toujours rien. Bien sûr la brume est là !  Wight aussi nous assure-t-on du bateau accompagnateur.

 20 heures. 
Ils nous le font pas sentir, mais sur le Strobinell ils craignent que l’on ne tienne pas jusqu’au bout. Vers les vingt heures, ils nous annoncent qu’on se situe à la perpendiculaire de la pointe sud de l’île. Elle est toujours invisible. Il nous faudra une heure et demie avant de l’apercevoir. Cette fois ci , on peut hisser nos pavillons : Breton, Anglais, et Français. Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos peines. Nous avons 2 heures de retard sur la marée, et la renverse a eu lieu. Pour nous cela signifie devoir remonter jusqu’à Portsmouth à contre courant.

image3.jpg

                Voilier accompagnateur « Strobinell », derrière l’île de Wight.

    22 heures.  
Maintenant que le but est si proche….On décide de longer l’Ile de Wight,  mais le courant se fait sentir. A 22 heures 45 minutes , on Bembridge. Ça fait dix neuf heures et 45 minutes que nous avons embarqué dans la yole. C’est Didier qui nous fera prendre l’ultime décision. Lorsqu’il nous dit : « Si vous arrêtez ici, c’est quand même gagné. Portsmouth ou Wight, la traversée est assurée ». On investit nos dernières forces dans le quart d’heure qui suit. Un quart d’heure ou chacune se remémore les moments les plus difficiles. C’est sans doute pour mieux les effacer qu’on s’acharne sur les avirons. Et c’est à une vitesse de course que la yole franchit la ligne imaginaire de notre arrivée.

Anne

Didier

Je me souviens d’un des premiers entraînements conséquent sur une longue distance avec la yole : Audierne, Concarneau.

J’amène la yole sur la cale de Plouhinec (en face d’Audierne), mise à l’eau et récupération du chariot.

C’était un matin de printemps vent de Nord Ouest faible et favorable, tout s’annonce bien.

Elles sont parties et je dois les récupérer à Concarneau. Mais voilà les prévisions météo normalement bonnes se dégradent, Bah !!! Elles en n’ont vues d’autres les filles et puis elles ont une VHF, n’empêche que le doute s’installe ….A la pointe de Penmarch ça doit faire vilain.

Jusqu’à la bas, il y a env. 14 milles à parcourir, rapide calcul : on peu tabler sur 4 nds de moyenne, donc dans un maximum 4 heures elles doivent y être. J’ai rejoint le bar de chez Francis (notre QG) l’inquiétude monte.

On téléphone au sémaphore de Penmarch, pour eux c’est impossible à voir l’état de la mer

aucun bateau de cette taille n’a pu passer. Parmi nous c’est le gros flip, où elles sont, on se rassure tant bien que mal, il y a aussi les fusées rouges…. on craint le pire. Enfin un coup de fil du Guilvinec nous rassure, il était temps on envisageait de faire appel à
la SNSM. Quand je les ai récupérées elles étaient toutes trempées et transies de froid, mais elles avaient passées

avec une grosse frayeur. A peine 20 milles au compteur et la traversée de la manche c’est 70, il leur manque encore beaucoup je suis un peu amer car a mes yeux c’est un abandon.

 

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