Didd

Mémoires et bricolages salés et iodés

23 janvier, 2011

LORIENT AUDIERNE EN KAYaK DE MER NORDKAPP 1990

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1er Mai 1990, les années ont passé trop vite, et elles nous ont fait oublier bien des choses. 
Mais certains souvenirs sont restés : Lorient Audierne en Kayak c’est sans doute une des plus belles navigations et surement la plus longue, je l’ai faite avec Didier. Didier Plouhinec, un ami, mon ami qui fait l’expédition Cap Nord, Cap Sizun en kayak et avec lequel j’ai beaucoup pagayé et partagé. 


Ce récit est la copie conforme de son blog.

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Trans-manche de la yole féminine en 1989

Mon nouveau Nordkapp s’appelle : Ajungilak. Ce nom groenlandais, qui est aussi emprunté par une marque norvégienne de sacs de couchage se traduit par «Parfait ». Je n’ai pas choisi ce nom au hasard, car avec les modifications que j’ai apportées à ce kayak, j’en attends pas moins que la perfection.

Arrivé à Plogoff le 31 mars, j’ai eu un mois pour terminer le travail : pose des lignes de vie et des filets, stratification d’une embase plate pour y coller le siège mousse Grand Confort commandé chez MACK Bretagne, réduction du cale-genoux qui était trop volumineux.Vers la fin du mois d’avril, avec Didier Cariou nous échafaudons le projet d’une très longue distance en préparation à la traversée de la Manche. Nous choisissons le premier Mai 1990 pour tenter de rallier Lorient à Audierne soit 63 milles et des poussières. En réalité nous sommes conscients qu’une Transmanche est dangereuse et que la réglementation nous impose un bateau accompagnateur. C’est une organisation compliquée que nous remettons à plus tard.

Pour l’instant tout ce qui nous intéresse c’est de savoir si on tiendrait la distance.

Ce 30 avril, Didier est rentré du travail en soirée et après le diner les kayaks sont sanglés sur les barres de galerie de mon fourgon WV Transporter que j’ai presque fini d’aménager en bivouac-car. Nous arrivons à Lorient vers 22H00.
Nous devons trouver un endroit assez calme pour nous reposer avant le départ, un endroit qui soit tout de même situé quelque-part dans la rade de Lorient pour ne pas tricher sur le lieu de départ. Nous stationnons au nouveau port de plaisance de Kernevel. Le temps de boire une infusion et de préparer les sacs de couchage et nous essayons de trouver le sommeil.
J’ai bien dit : » nous essayons de trouver le sommeil ».
Cette grande première nous garde dans un état de veille pendant de longues minutes voir des heures.
L’éclairage orangé des lampadaires ne favorise pas la chute dans les bras de Morphée, et en plus on crève de chaud.  Je traîne un rhume carabiné depuis plusieurs jours, je me sens fébrile. Jusque tard dans la nuit les voitures des noctambules viennent tourner au bout du quai, c’est un incessant va et vient sous des airs de musique disco, ponctué par le claquement systématique d’une plaque d’égout mal placée et surtout bancale. (NDLR : j’ai pu vérifier qu’elle faisait toujours du bruit cet été, 20 ans après) 
Quand enfin nous sombrons dans le sommeil réparateur il est déjà presque l’heure de se lever. Je crois avoir vu chaque heure ronde passer et le carillon de 3H45 est presque un soulagement.
Tout a été préparé la veille pour faciliter l’appareillage : les vêtements de mer sont à bord, le petit déjeuner est vite prêt. Cette petite heure avant la mise à l’eau nous trouve plongés dans les mêmes pensées : se forcer à manger malgré le manque d’appétit, ne rien oublier de charger à bord des kayaks. La navigation ne pose aucun problème particulier puisque nous allons suivre la côte.
Didier Cariou s’est occupé de la navigation en réalisant 7 calques de cartes marines. Sur chaque calque figure notre route avec les caps successifs et les distances ainsi que les amers, les balises. Toutes ces infos permettent instantanément de connaitre notre position, de savoir la route parcourue et ce qu’il reste à faire.


 

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Carte N°1

Seul le départ de nuit nous inquiète un peu. Il suffirait de croiser une patrouille de la gendarmerie maritime ou des affaires maritimes pour se retrouver en infraction. Vers 4H30 les kayaks sont débarqués.
Nous chargeons nos vêtements secs, nos vivres de mer et le matos sécurité, sans oublier les clés du véhicule qui doit rester là jusqu’au lendemain.
A ce matériel basique, nous rajoutons une tente pour deux, un réchaud et nous embarquons chacun notre sac de couchage au cas où. 
A 4H45 les deux Nordkapp prennent contact avec leur élément sur la petite plage devant la villa Margaret.
Le dernier geste avant d’embarquer consiste à enficher la prise de l’éclairage de compas.
Je sais que l’usage de cet accessoire sur nos kayaks nous place déjà dans une autre dimension.
Je sais aussi que Didier adore naviguer de nuit, et puis nous bravons un interdit, juste pour une petite heure avant le lever du jour.
4H45 : les deux kayaks s’éloignent de la petite pointe de Kernevel, les villas Margaret, Kerlilon et Kerozen, utilisées par le BdU de l’amiral Doenitz pendant la guerre disparaissent dans la pénombre. Seule la vigie de Port-Louis nous intéresse désormais. Nous espérons que les guetteurs soient bien fatigués pour échapper à leur vigilance lors du franchissement de la passe de Lorient.
Ouf, nous sommes dehors, nous longeons la plage de Port Maria. La promenade devant les bistrots, éclairée par des lampadaires est vide.  Nous ne parlons pas, alors je me souviens. Il y a quelques années je venais déguster des glaces ici avec mes copains du commando et les gonzesses, 24 ans, la belle vie ! Les lumières de Larmor- Plage s’estompent, nous poursuivons notre route vers l’ouest, les yeux rivés à la rose éclairée du compas. Un pêcheur côtier, intrigué par notre présence, nous fonce dessus à plusieurs reprises et nous mettons pas mal de temps à le semer. C’est un détail que j’avais complètement oublié mais qui avait « fait flipper » Didier, pour reprendre ses mots. Déjà les premières lueurs du jour donnent des teintes bleu nuit au tableau noir sur lequel nous avons tracé nos premiers milles. Je n’ai plus souvenir où le jour nous cueille, probablement du coté de la pointe du Talud, juste avant le port de Kerroch.
La première heure confirme déjà une bonne marche, nous passons au large de Fort Bloqué cap sur les falaises de Doelan. Chacun de nous est perdu dans ses pensées et c’est là, quelque-part, que je chavire. Ca réveille ! Je me retrouve dans l’eau sans avoir compris ce qui s’est passé. J’ai les sinus tellement chargé que j’ai l’impression d’avoir la tête trop lourde. J’en viens à me demander si je ne me suis pas endormi en pagayant…ou alors est-ce peut-être cette satanée pagaie croisée que j’ai préféré reprendre plutôt que la pagaie eskimo que j’utilise depuis septembre 88 ? Oui!, sûrement une fausse pelle, parce que je planais complètement .En quelques secondes je suis à bord, Didier m’a aidé à rembarquer après vidage du cockpit. C’est tellement plus rapide que d’utiliser la pompe de cale, qu’il ne faut pas s’en priver si on a un coéquipier à proximité. Je suis trempé pour les 15 prochaines heures de navigation qu’il nous reste. Quelques temps après je chavire à nouveau, mais là Didier me rappelle que j’ai pu eskimoter. 

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 Levé de soleil au Poul-Du

Je n’ai plus aucun souvenir du passage devant Port Manech et la pointe de Trévignon. Je sais que nous marquons une pause de 3minutes chaque heure pour nous alimenter, boire et uriner. J’ai amarré une boite en plastique (pot de colle à bois Sader) dans mon cockpit, elle remplit parfaitement son rôle de WC. 
Vers midi nous sommes en approche de la baie de Bénodet et je me rappelle très bien que nous mangeons notre repas principal devant la plage de Mousterlin. Nous ne sommes qu’à quelques mètres du bord, dans une eau d’une transparence tropicale. Il y a interdiction formelle de débarquer sans quoi notre longue traversée serait invalidée. Je ne sais plus ce que j’ai mangé ce jour-là, probablement une salade de riz après une soupe chaude. C’est l’époque où nous commençons à manger chaud en mer.
La Thermos inox d’eau bouillante est placée dans le cale-genoux.
La Royco minute soupe précède le bolino ou l’encas Knorr. C’est le genre de bouffe infecte à terre qui devient un délice en mer, tout simplement parce qu’elle est chaude. Je me rappelle qu’aux commandos, en hiver sur le terrain, on plaçait le sachet d’encas Knorr tout chaud, contre notre bas- ventre et les mains par dessus, le temps de la réhydratation de l’aliment. C’était coup double : chaud dehors puis chaud dedans ! Le repas ne nous prit que 20minutes, ça je m’en souviens bien. Il s’en suit alors une navigation monotone, interminable, qui semble durer toute l’après midi, le long du Pays Bigouden : Loctudy, Lesconil, Guilvinec, Kérity puis enfin la pointe de Penmarch. Il y a déjà un bon moment que nous avons en ligne de mire ce i majuscule dressé dans le ciel.
Le passage de la pointe de Penmarch est un moment important pour nous. Ce phare c’est notre ultime marque de parcours avant de tirer une dernière ligne droite en baie d’Audierne. Didier le souligne aussi, nous avons eu du mal à franchir cette pointe non pas que c’était difficile mais très long. Je ne me souviens pas que nous ayons vraiment calculé le courant car sur une estimation maximale de 18 H00 de route il change 3 fois de direction.
Une pause un peu plus longue ponctue notre arrivée à Penmarc’h, à basse mer. Nous devons contourner la pointe très au large dans un dédale de récifs.  Plus ou moins bien abrités par les roches situées à l’ouest du petit port de Saint Pierre, nous prenons le temps d’un « quatre heures », en vrai il est déjà 5 heures bien sonné. Le thé au miel, chaud à 4h00 du mat, a déjà refroidi pendant douze heures, douze heures aussi que Didier n’a pas levé les fesses ; moi j’ai eu droit au bain de siège entre temps, mais je macère depuis.
Finalement le rinçage involontaire des sinus m’a soulagé, je me sens mieux douze heures après qu’à l’appareillage. Et le pull Helly Hansen a séché. C’est encore Didier qui me rafraichit la mémoire en me précisant qu’à Penmarc’h nous avons pris une potion magique qui nous avait été fournie par le Centre de Cure Marine de Douarnenez-Tréboul. Une boisson de l’effort, bien différente du Polydiet et du Nutrigil que j’avais ingurgité dans les premiers mois de l’expé Cap Nord pour faire face à une grand déperdition de calories (froid et effort physique intense)
Contrairement à ce qu’on pourrait penser les trois dernières heures ont passé très vite. Ce ravitaillement nous a requinqués physiquement et moralement. Sans nous concerter nous avons accéléré l’allure, peut-être parce là bas tout au fond de la baie miroite le point de mire : Audierne.
La baie d’Audierne fait partie des endroits les plus ennuyeux pour naviguer en Bretagne, à égalité avec la portion de littoral comprise entre Gâvres et le début de la côte Sauvage de Quiberon. Dès la remise en route, nous nous écartons pour ne pas avoir à rectifier sans cesse le cap, pas de risque d’abordage, plus rien à se dire d’important, juste pagayer. Je garde un excellent souvenir de ce moment là. Chacun est dans son » trip » comme je l’évoquais dans un article récent et notre efficacité s’en trouve renforcée.
Plus le trajet est long et plus les heures paraissent courtes. Automatiquement à l’heure pleine nous nous rapprochons pour la pause de trois minutes. Les gourdes sont presque vides.
« Tu préfères un pruneau ou une boulette de pâted’amande ? » 
Un coup d’œil rapide sur le dernier plan de route carte, une estimation du temps qu’il reste à pagayer…».
Penhors par le travers, allez encore une bonne heure et demie, et plus qu’une pause ! » et nous voila repartis. Chacun retrouve le fil de sa pensée, chacun retrouve sa cadence et la petite musique intérieure que joue son palpitant.
 Audierne est en vue, pas le port lui même mais le phare de Raoulic qui marque l’entrée du chenal. Je ne pourrais pas dire pour qu’elle raison nous accostons au quai de Poulgoazec, près de la plage de Saint Julien plutôt qu’au quai coté Audierne. Peut-être parce que Anne est là avec l’appareil photo ? Etait-ce bien Anne au fait ? Ni l’un ni l’autre nous ne pouvons l’affirmer. Quelqu’un nous attendait, peu importe qui, nous sommes bien arrivé dans le port d’Audierne et trois photos souvenir immortalisent l’instant. Nous l’avons fait, sans vraiment de difficulté, juste un peu mal aux fesses . Didier rajoute que si nous avions visé l’anse du Loch en Plogoff nous y serions parvenus sans plus de problème, juste quelques milles de plus ! La fatigue se lit sur nos visages.
Nous débarquons à 20H57, nous venons de parcourir 117kilomètres en 16H07 soit 3,92 nœuds de moyenne sur la durée totale. En retirant les 39 minutes de pause, les 20 mn du déjeuner et le quart d’heure du goûter, ça fait 1H15 de moins : 117km en 14 H52 soit 892 mn.Ca donne 7,869 km/h c’est à dire 4,25 nœuds de moyenne. Belle perf pour la fête du travail, non ?

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Arrivée à Audierne après 16 heures de pagaie

Il n’y a jamais eu de Transmanche par la suite et je n’ai pas eu le moindre regret. Quelques années plus tard Kevin Mansell, président du club de kayak de Jersey m’a dit que j’avais eu raison de ne pas poursuivre un objectif aussi stupide. Son expérience personnelle de la traversée de la Manche sans escorte l’avait sérieusement marqué : une muraille d’acier qui défile soudain devant l’étrave, sortie du brouillard sans qu’il fût possible d’entendre la machine du pétrolier située près de 300m derrière ». Puis il ajouta «Ce jour là, nous aurions été 20 mètres plus en avant je ne serais pas là pour te raconter l’histoire ! »
L’avis de Didier Cariou est différent. Cette transmanche jamais tentée lui laisse un goût d »inachevé.Didier avait déjà l’expérience de la Traversée de la Manche qu’il avait organisé pour les filles de l’Aviron Cap Sizun en 1989. Il avait une vision différente de la mienne puisqu’ il avait escorté la yole sur le voilier d’assistance. Une simple phrase «maintenant c’est trop tard » dans son dernier message montre bien ses regrets de n’avoir pu mener à terme ce projet pour lequel nous nous étions entrainés.
Désolé pour les photos, j’ai photographié mon album à 14H00 et le manque de lumière est tel dans ma véranda, orienté plein sud, que les photos sont prises au flash.Ca donne une bonne idée de la grisaille de Cherbourg !
Rajout de photo et documents de Didier Cariou :
 -une photo de lui prise au large du Pouldu au lever du soleil
- le Plan de route N° 1
- Le tracé de la Transmanche réalisée par nos copines « Dames de nage » du Cap Sizun en 1989.

26 septembre, 2010

Ouessant et l’archipel de Molène à l’aviron

Classé dans : photos et commentaires perso,souvenirs,textes personnels — didd @ 11:26

Aller à Ouessant et faire le tour avec le doris, faisait partie de mes envies.

Pendant l’été, avec Gaëlle, on s’était bien préparé pour. On voulait aller du Conquet dans la  baie de Lampaul à Ouessant, ensuite en faire le tour et terminer à Molène, et le troisième jour retourner sur le Conquet. Dans nos entraînements, on était même devenu Marathoniens à l’aviron : Pors Loubous (Plogoff) Tréboul d’une traite 23 milles en 7h50. Et puis voilà un été extrêmement pourri, impossible d’avoir une morte eau avec moins de 15 nds de vent.

Fin de l’été les RDV de l’Erdre et là je me retrouve le dernier jour a nager seul avec le doris et surprise je vais aussi vite qu’à deux, sûrement le fait d’être plus léger.

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Abadenn en remorque de Chouchen direction le Conquet

Vient Septembre et le beau temps, les vives eaux passent relativement bien et grand principe météo logique : la morte eau suit. Et puis il fallait que j’y aille. Doris en remorque de « Chouchen », c’est mon voilier mère poule, direction le Conquet. Le temps est gris et tristique, beaucoup de houle et Gaëlle ne sera pas là !!

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Jolies lumières le soir au Conquet

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LE CONQUET MOLENE

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Départ du Conquet à 7h du matin le jeudi 16 septembre pour Molène. Coef 35. Les premiers coups d’avirons sont toujours les plus durs, surtout quand il fait nuit noire et froid, lampe frontale sur la tête pour que Chouchen me repère, la sortie du port et un peu longue, et ensuite c’est le début du chenal de Four, je sais que j’aurai un courant de flot d’1,5 NDS dans le travers qui va me balancer trop dans le Nord. Les éclats des phares de Kermorvant et Saint Mathieu déchirent la nuit et en mer, ça gigote pas mal, mais bonne surprise je vois que ma vitesse est bonne, souvent à plus de 3,5 NDS, et en plus je me permets de faire un bac (contrer le courant en technique kayak). Dans la pénombre du jour naissant je vois « Chouchen » qui roule bord sur bord et après dans l’Est un lever de soleil bien rouge, mais j’ai toujours aussi froid.

8 heures du matin, le soleil est levé et la journée fait toujours tristique, mais on a dépassé Beniguet. Le plus dur est fait, je connais bien l’archipel de Molène pour l’avoir souvent pratiqué en Kayak, sauf qu’en kayak la navigation est bien plus facile, on voit par devant et toujours assez tôt la tête de roche à fleur d’eau sur laquelle je risque de m’empaler avec le doris.

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Dans l’archipel de Molène

Les yeux rivés sur le compas et GPS et en regardant souvent par-dessus mon épaule, on passe dans les trous de souris entre les Iles de Morgol et Lytiry. Les Phoques curieusement viennent toujours observer par derrière, et avec le doris, c’est un plaisir de les voir. La veine de courant est assez violente, souvent je tombe à 0 NDS entre 2 coups d’avirons, mais ça passe. Entre Lytiry et Quéménès (célèbre pour ces deux andouilles)

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Chouchen devant Lytiry

 C’est redevenu cool, le courant est avec nous et nous pousse au Nord. Petit arrêt vitamine, je profite de me débarrasser de ma brassière qui m’engonce de trop, mais je la remets vite fait car je suis trempé de sueur, et le petit vent de Noroît me gèle le dos.

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Qui voit Molène voit sa peine

Il me reste encore a faire un long bac à 45° du courant pour arriver à Molène, mais dans ma tête, j’y suis déjà. 3h15 d’aviron pour parcourir 8.9M zigzag compris, c’est du froid que j’ai le plus souffert, et maintenant rassuré sur ma vitesse, je sais que si Eole reste cool, demain, on sera à Ouessant.

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Le soleil réchauffe enfin Molène

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MOLENE OUESSANT

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Vendredi 17 septembre, Coef33, départ de Molène à 11h05, c’est mieux, et il fait soleil. En fait c’est les courants qui nous imposent les heures de départ. La fin de flot nous aidera jusqu’au phare de Kéréon, on passera au Nord de Balanec et de Bannec.

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Derrière Balanec et Bannec

Kéréon arrive assez vite et on est même un peu en avance sur la renverse ; une autre bonne nouvelle, la houle tombe de jour en jour. 4,5M de parcouru, presque la moitié. Bonjour Fromveur avec tes courants violents 9NDS en vives eaux, mais c’est la morte eau et puis je t’emmerde.

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Kéréon pointe au loin

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Kéréon

 Maintenant c’est du plein Ouest compas avec le début de jusant qui nous aidera un peu. La côte D’Ouessant approche, et ma fatigue aussi, mais la moyenne tient. Je suis encore dégoulinant de sueur alors à la pointe de Roch Hir je décapelle, le tee-shirt trempé suffira et peut-être même qu’il séchera un peu.

Je n’ai plus que l’entrée dans la baie de Lampaul à négocier, me faufiler entre toutes les têtes de roches qui minent mon parcours. Chouchen donne du tour par la Jument. On se retrouve bord à bord dans la baie au sud de la roche Corcé, le petit port est juste au bout, encore un mille et je vais pouvoir me reposer et apprécier le moment présent. Parce que me retrouver là, c’est déjà une victoire. 10,1 M de parcouru en 3h25 soit 3.1 nds de moyenne : c’est mieux qu’hier, mais aujourd’hui le courant ne m’a pas arrêté.

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Le « patron François Maurin »  Ignace a beaucoup navigué dessus

Cet après midi, ce sera encore une bonne sieste au programme, ensuite j’irai voir Ignace, un ami de
la Marmar et de longue date, qui connaît Ouessant comme sa poche pour avoir fréquenté tous ses parages en tant que marin et bénévole SNSM sur le « Patron François Maurin » et « Ouessant ». Demain, la météo sera bonne et la houle est encore tombée, alors je me permets de rêver, aller au moins jusqu’au Stiff par la côte Nord et après on verra, suivant ma fatigue. Si j’arrive à faire avancer le doris seul aussi vite qu’à deux, j’ai moins d’endurance et demain ça fait une trotte, je n’ose même pas regarder combien. Gaëlle me manque : avec elle je peux causer, et patati patata, faisant la route est moins longue, ici je me surprends a compter les centaines de coups d’avirons.

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LE TOUR D’OUESSANT

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Samedi 18 Setembre coef  43

Quand je faisais du kayak,
la Bretagne était un jardin privilégié, et le tour d’Ouessant est un peu l’Everest du kayakeur de mer. Ici le temps change vite, et la pointe Ouest est assez redoutable, les phares de Nividic et du Créarch imposent le respect. Les courants sont violents et la mer peut être très forte. « Ouessant c’est le brise lames de l’Atlantique, s’il n’existait pas, l’archipel de Molène ne serait plus là» C’est Ignace qui nous le dit : « ici la remontée du plateau continental est là juste devant la côte, alors la grosse houle de l’atlantique est synonyme de grosses déferlantes qui maltraitent les bords. » On dirait qu’une bombe a explosé dans le coin, déchirant la côte, sèmant des blocs de granit partout, contrariant les courants du Fromrust, devenus tellement imprévisibles que même les Ouessantins connaissent mal leurs humeurs. Mais aujourd’hui, j’ai de la chance, le vent est très faible et de plus au Nordet. Il faut toujours ce petit coté de chance pour passer par ici, quand je faisais du kayak je ne l’ai jamais eu. 
8 heures du matin, l’astre béni du marin fait toujours la sieste, mais les rougeurs de l’Ouest annoncent une belle journée. Le doris glisse bien dans l’eau laiteuse de la baie de Lampaul, je file vers la pointe Ouest où forcément les premières difficultés m’attendent. Christian est parti récupérer Ignace (ancien pêcheur et sauveteur volontaire SNSM sur « Patron François Maurin » et  »Ouessant »), ils ne seront pas trop de deux à bord de « Chouchen »pour éviter les nombreuses têtes de roches, Ignace nous avait prévenu : « elles ne sont pas toutes dans le GPS, mais dans ma tête elles le sont » 

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Un des pieds support de l’ancien téléphérique de Nividig

Au niveau de Nividic, « Chouchen » m’a rattrapé, et le jour aussi. Je suis dans un labyrinthe de cailloux et de ressac pas possible, la progression est difficile, les yeux rivés sur le compas et le GPS entre deux regards par-dessus l’épaule. Ce qui en kayak est aisé, avec le doris représente une autre paire de manches : faudrait monter des rétroviseurs, mais ils ne serviraient à rien tellement ça gigote et que les embruns volent. J’ai souvent évité aux derniers moments des têtes de roche vicieuses qui auraient pu me mettre à mal, mais le paysage est si grandiose que je fais quelques arrêts photos quand la mer me laisse un peu de répit.

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Falaises sauvages et déchirées de la pointe Ouest de Lampaul 

 De trous de souris en passage étroit, je progresse. « Chouchen » doit passer plus au large, son tirant d’eau d’1m30 ne lui autorise pas toutes mes fantaisies. Passer au ras, me permet de raccourcir ma route et aussi de tomber moins dans le courant et le ressac croisés plus au large, A voir le « Chouchen » rouler bord sur bord, je me sens mieux dans mon « Abadenn », privilégié observateur de cette côte extrêmement  sauvage.

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 Le Créarc’h

Enfin le phare du Créac’h défile sur tribord, c’est la marque de sortie du coin le plus mal famé d’Ouessant, la mer sur la côte nord deviendra de plus en plus facile. On passe entre des gros rochers et la terre, mais c’est bien plus large. Petit problème sans gravité : je frappe une tête de roche avec mon aviron, une saloperie non répertoriée sur mon GPS. 

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La passe de Keller (ces 2 photos sont prises par l’Amiral John Ushan de Keller qui se trouvait par un heureux hasard dans le coin)

L’Ile de Keller arrive, le plus simple est la laisser sur bâbord, en plus c’est génial car le courant nous pousse. En me retournant maintenant, j’ai la tour du Stiff, autre marque de parcours synonyme pour moi de réussite.

p9180095.jpg La tour radar du StiffJe coupe au ras dans les derniers cailloux pour me retrouver dans la baie du même nom. « Chouchen » me rejoint et me propose de m’arrêter un peu pour faire une petite bouffe, mais ce n’est 

pas possible pour moi parce que je vais avoir froid, entre la sueur et l’eau de mer, je suis trempé. Mais ça va, pas trop de fatigue juste une brûlure au niveau de l’épaule et une grosse ampoule à la main gauche, donc je peux continuer sur l’eau calme de la côte sud. Il va me falloir simplement rentrer le plus possible dans les baies pour chercher les contres courants favorables. Au rocher du Youc’h, je suis arrêté, vitesse à zéro entre deux coups de pelles, à peine un petit nœud en tirant, la progression est dure, mais après ça s’améliore je retrouve de la vitesse. Quand je tombe en dessous de 2,5 NDS il me faut faire côte et fleureter avec les têtes de roche, mais ça marche. Pointe de Penn Ar Roc’h, c’est trop tard, je revois encore une roche plate glisser en dessous le doris, et le bruit lugubre de ma dérive d’aviron qui casse. Pas grave cette fois ci parce que j’en ai une secours. Maintenant je recroise ma trace de hier sur le GPS et je n’ai plus qu’à la suivre pour rentrer dans
la Baie de Lampaul. A près la roche Le Corse « Chouchen » me rattrape (il a du faire le tour par
la Jument) Christian me crie « N’oublie pas de t’arrêter » 

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Au calme dans le petit port de Lampaul…… »Qui voit Ouessant voit son sang »

Ils sont tous les deux heureux à bord, et moi aussi.  14.2 milles a l’aviron en solitaire, je n’avais jamais fait autant, presque 3,2 NDS de moyenne ça me surprend !!!!  Je ne peux que remercier Christian et Ignace pour m’avoir  permis cette aventure

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Carte postale  « Breatgne Passion » .    Pointe Ouest d’Ouessant:  Le constraste entre le calme de la baie de Lampaul et la mer au niveau du Créarch est bien flagrant, au niveau de Nividic (invisible sur la photo) la mer est encore plus forte. 

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  Du haut de la tour radar du Stiff 72 m. (visite possible par un ami)

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Couché de soleil sur la baie de Lampaul 

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La Jument Dimanche 19 Coef 54 (ça grimpe) On veut regagner Sein, mais ce sera sous voile après avoir viré la Jument à l’aviron. Sauf que le vent de suroit déjà trop pointu a refusé horriblement, j’ai du abattre pour relâcher sur Molène. Pas grave, on a le temps. Ici on a profité de l’aubaine pour se faire une bonne soirée resto avec des amis kayakistes retrouvés sur l’île.Une dernière escale à Sein et notre virée se termine le jour après.

11 janvier, 2010

Doris Abadenn sous voile retour Glénan Lesconil

Classé dans : souvenirs — didd @ 21:48

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C’était le 13 juin 09, en rentrant des Glénan.

Tout était loin d’être parfait à bord, maintenant c’est plus optimisé.

Des Bluniers jusqu’à Lesconil ça déboule bien…. 7.6 NDS au GPS, mais je suis sur que j’ai été plus vite encore….Et le bateau qui reste facile à cette allure.

22 août, 2009

14, 15 et 16 août 2009

Classé dans : souvenirs,videos youtube — didd @ 20:35

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La Vieille – Ile de Sein – Ar Men – Tévénec
Vidéo(s) extraites du film tourné par Chouchen
http://chouchen.unblog.fr/
http://chouchen2.unblog.fr

 

Ar Men, samedi 15 août Sein s’éloigne lentement dans notre sillage, on a l’impression de ramer sur un lac. Encore quelques coups d’aviron, un dernier effort et nous pouvons laisser glisser le doris…. Ca y est, nous y sommes, Ar Men est là, à portée de main.  C’était presque trop facile, mer laiteuse et absence de courant, mais on ne va pas trop se plaindre, nous faisons plusieurs fois le tour. Ar Men nous domine, le cartahu de monte-charge a été remis en place et quelques travaux d’entretien sont visibles, (il était plus que temps).  Les cormorans occupent les lieux à la place des gardiens. C’était le but de notre voyage, et maintenant il faut songer à rentrer. Il est bientôt 18 heures. Dans l’aquarelle du moment, Sein c’est le trait de crayon là bas dans l’Est et le faible courant nous en écarte. Comme dans le bon vieux temps en kayak : d’abord rejoindre Namouic et puis se déjouer de toutes les têtes de roche, j’ai envie de rentrer en suivant la chaussée, parce que les courants traversiers sont faibles. Nous retrouvons Sein, qui peut imaginer qu’un si petit doris vienne d’Ar Men. Un peu moins de quatre heures d’aviron, et pour moi de la fatigue et quelques ampoules, Gaëlle se marre de mes bobos. Pour moi, Il me restera toujours cet  immense bonheur d’avoir réussi à concrétiser ce rêve. Ce soir repas à bord de Chouchen (c’est le voilier qui nous accompagne). Lieus  jaunes et pommes de terre.  Hummmm !!!!! Demain il faudra penser à regagner le Loch. Cerise sur le gâteau, ce sera en passant par Tevennec, puis comme à l’aller, le phare de
la Vieille,
la Plate, Gorlégreiz, Trouziard, mais là le Raz a fini sa sieste. Le flot commence à bien s’établir, et c’est à plus de 5 nds, aidés par le courant, que nous passons Coumoudoc…..Dans notre tête la jolie balade est déjà finie…… 
Remerciements à Christian, André et Thierry pour nous avoir accompagnés et sécurisés. Et aussi à Gaëlle, ma compagne d’aviron, sans qui tout cela aurait été impossible. 

Didier

 

12 octobre, 2008

Film de Christian (Chouchen) sur la traversée Plogoff-Ile de Sein

Classé dans : souvenirs — didd @ 23:55

Par Didier et Gaëlle, 14 août 2008
Deux films (la vidéo a été partagée en deux pour permettre la montée du film sur le site Youtube)

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première partie

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seconde partie

Merci à Christian, alias Chouchen
http://chouchen.unblog.fr/
http://chouchen2.unblog.fr/

23 août, 2008

Ile de Sein…

Classé dans : photos et commentaires perso,souvenirs,textes personnels — didd @ 16:33

lelochseintelegrammedu22aoutrsolutiondelcran.jpg
Clic pour lire l’article !!!

Parce que tout est parti d’une petite sortie en doris sous voile et avec Gaëlle au printemps, sortie qui m’a redonné beaucoup de confiance.
Parce qu’on c’était promis de faire les fêtes de Douarnenez ensemble et avec ce bateau.
Parce que pour faire plus propre il fallait aussi que je lui apprenne à ramer.
Parce que Gaëlle a tellement aimé l’aviron et qu’ensemble on a progressé énormément.
Parce qu’on a aligné plusieurs belles sorties à l’aviron….15, 16, 19 milles.
Parce qu’on est aussi allé volontairement dans des mers assez dures.
Parce que le projet d’aller à l’ Ile de Sein à la rame devenait une obsession.
Parce que Christian et son voilier Chouchen étaient juste là (c’est mieux).
Parce que cette année on a le droit à une météo capricieuse et qu’il y avait juste une petite fenêtre.
Parce que cette petite fenêtre météo c’était jeudi et vendredi 14 et 15 Août.
Parce que la balade était belle.

Jeudi 14 Août   PM Brest16h39  Coeff. 59 

On est parti du Loch Plogoff à 13h30, la mer était houleuse mais pas dure, le soleil était même de la partie, et Abadenn (le doris) marchait bien, malgré un vent de Suroît qui nous a contrarié pendant toute la traversée. Pour profiter du courant on s’éloigne un peu de la côte (à peine un petit mille) ensuite cap au 270 compas.

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  Jusqu’à Bestrée tout se passe bien puis on a été un peu avalé par la fin de flot au niveau du phare de
la Vieille, et à la renverse on a dû lutter contre le jusant qui pousse dans le Suet avec en plus ce vent de Suroît.

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 03.jpg

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 Le seul avantage de cette situation est un Raz beaucoup plus calme qu’avant le phare de
la  Vieille. Par contre notre vitesse de fond a chuté à 2 Nds, malgré nos 4 Nds en surface, et c’est avec un petit soulagement qu’on a vu apparaître Kornog Ar Vaz Nevez.

 

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16h00 on est dans le port de Sein, le doris est mis à couple de Chouchen pour passer la nuit, et on va alors faire un tour à terre histoire de se rafraîchir au Cormoran Borgne, et aussi profiter de ces moments de quiétude et de calme que Sein donne à ceux qui savent l’apprécier.

 

Vendredi 15 Août PM Brest 17h18 Coeff. 70

 

Je veux partir un peu en avance histoire de faire un passage ras au niveau de
la Vieille pour des photos.

13h30,  on quitte Sein,  on coupe dans les cailloux à coté de la tête de roche Gouelvan, Cap au 90 compas, vers la pointe du Raz. Plus de 4nds au GPS pointe même à 5nds. Abadenn vole,  les 3 premiers milles sont avalés vite fait. Christian et Chouchen le temps de d’appareiller sont loin (en fait,  il ne nous voyait plus, pas facile de repérer le petit doris blanc dans la houle et la mer qui moutonne).

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Mais la fin de flot est toujours là et pousse encore fort… on se retrouve balancé coté baie de DZ et nos efforts pour rejoindre
la Vieille sont vains. Dommage pour les photos, bien que Chouchen soit revenu.
Décision est prise de passer par le bout de
la Pointe, le temps a viré au gris et la mer devient bouillonnante et chaotique.

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On croise un magnifique vieux Gréement qui monte dans le Nord, puis on passe à toucher les ligneurs qui pêchent le pajot. Gros salut amical Gaston et son fils à bord de Diapason, Le temps de prendre quelques photos vite fait derrière le Gorlégreiz et on s’échappe par le passage, par le Trouziard dans une mer beaucoup plus chaotique et désordonnée. Coumoudoc ne sera qu’une formalité, le jusant est là, avec nous. Un petit appel en VHF à Chouchen qui nous cherche toujours dans le Raz de Sein, et vouiii il nous a encore reperdu.
Après Feunteun Aod la mer devient beaucoup plus praticable.  
Et on arrive au Loch
bien rincé par un grain mais surtout bien heureux de cette jolie balade.

Cool Rire Sourire

Abadenn est un Swampscott doris, un peu modifié, aux lignes tendues et fines, architecte Iain Oughtred (chasse marée N°41).
Je l’ai construit en 1994, pas facile pour un premier bateau, d’où son nom (corvée en Français).

Ce n’est pas le plus rapide sous voile….Quoique

Ce n’est pas le plus rapide à l’aviron ….Quoique

Mais à mes yeux c’est le meilleur compromis voile-aviron. J’ai abandonné sa GV aurique et regréé une GV triangulaire (inspirée des voiles des Beachcombers et qui lui donne un petit air de baleinière de Beetle). Il a gagné énormément dans la remontée au vent, mais reste tout de même inconfortable et mouille beaucoup au près. Malgré sa stabilité de forme faible, à l’aviron il n’embarquera jamais de mer. Sur l’eau il est extrêmement marin, une véritable mouette.

12 avril, 2008

TRANS-MANCHE 89

Classé dans : souvenirs — didd @ 10:04

Traversée de la Manche à l’aviron
par les filles du Cap Sizun

Récit de Anne 

 

Aujourd’hui, 2 octobre 1988, enfin notre plus belle coupe.
On y a toutes mis du nôtre pour remporter ce championnat régional d’aviron,
Catégorie féminine bien sûr.

Sur le chemin du retour , on fait déjà un tour d’horizon de nos prochaines balades hivernales.
Et puis, je ne saurais dire si c’est Dominique, Cécile, ou Pascale qui a l’idée…..

Et si on traversait la Manche……
5 secondes de temps mort……….

Mais oui, pourquoi pas !

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                          Yole aux iles Glénan.

Nos week-end s’orientent vers les grandes virées :

Ile de Sein, Glénan, Douarnenez-Camaret, quelques petites frayeurs du côté de Penmarch avec 25 nœuds et une mer formée.
Mais on ne peut plus s’arrêter. En fait notre entraînement ne fait que commencer.
Car si aujourd’hui on sait faire de l’aviron, la partie publicité sponsoring n’est pas gagnée d’avance.
Avec quelques conseils de Didier Plouhinec (Cap Nord , Cap Sizun en kayak 5500 km à la pagaie), qui n’est plus novice en matière d’aventure, on se dirige en tout premier lieu vers le Centre de la Cure Marine de Tréboul, qui assurera la préparation physique et diététique.

Déjà Pascale capitule. Ce n’est pas facile. On reforme l’équipage et ça continue de plus fort. Nous sommes bientôt au mois de mai. Le départ est prévu dans la semaine du 12 au 18 juin. Si on fait le bilan on a pas un sou en caisse, ni le bateau accompagnateur.

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     Arrivée sur la pointe de Benbridge, île de Wight. 

Il faudra attendre qu’on fasse l’équivalent de la traversée de
la Manche entre St Guénolé et Lorient,      

Soit 70 milles pour que tout s’accélère. Plus que 15 jours. Les dossiers de demandes de sponsoring sont partis tard. Des réponses négatives nous parviennent bien sûr, et puis, quelques espoirs nous sont prodigués par des commerçants locaux qui croient en notre projet. On réussit jusqu’au jour du départ, à réunir la modique sommes de 15 000 Frs. Bien loin du budget prévisionnel. Tant pis !

De leur côté les collègues ont mis la main à la pâte. Ils ont déniché le Strobinell, un ketch de 13 mètres qui est prêt a assurer le suivi du périple. Il ne manque plus que ….. mais  oui !

Je connais un gars qui bosse à
la F.R.C.M., il nous fournira le DECA et tout le matériel qui fait défaut au Strobinell pour être armé en seconde catégorie.

La troupe s’est étoffée. Maurice, patron de
la S.N.S.M. (Société Nationale de Sauvetage en Mer) s’est rallié à nous avec joie. La manche il connaît. Il « sera entre autre notre public relation » , assurera toutes les liaisons avec les journaux et la télévision. Didier lui s’occupera de l’intendance et de la partie révision technique. La yole a besoin d’un sérieux lifting.

   Dimanche 11 juin. 
Sous la brumasse matinale, la yole Brug 24 du Club d’aviron du Cap Sizun, toutes ses couleurs refaites à la transmanche 89 quitte Plogoff sous le regard de quelques voisins enthousiastes. Direction : Cherbourg.

   Lundi 12 juin.  
Après une bonne nuit à l’hôtel, on finit les derniers préparatifs. Il faut être méthodique. Chacune ses préparations : vêtements, boissons, alimentation.

Maurice, après avoir obtenu des renseignements aux affaires maritimes, nous annonce que le départ pourra se faire la nuit prochaine. La météorologie nationale est en grève, on fera sans. La presse locale, intéressée par cette tentative, nous questionne. Dans leur esprit ce n’est encore qu’une tentative – après tout, ils en ont vu d’autres –

    1 heure 30.    
Nuit du lundi au mardi 13 juin.   Une heure et demie du matin, c’est Maurice qui nous réveille. Il a déjà scruté le ciel. Parfait. Vent léger, «vous l’aurez par le travers, et peut-être même favorable ». Déjà tout le bateau s’agite. On a réussi a s’y caser tous pour cette courte nuit (9 personnes). Tout le monde se scrute. Il faut à tout prix se remplir l’estomac….même à 1 heure 30 ….le petit déjeuner est copieux. Déjà chacun conditionne son corps et son esprit.
Sur le Strobinell, Didier, Maurice, Philippe le skipper et Monique (remplaçante), organisent leur espace.

   3 heures.  
Régine, Dominique, Cécile, Bernard et moi avons pris place sur la yole. Toute la marina somnole.
Lorsqu’on sort des digues de Cherbourg, un clapot dur nous accueille sur la rade, pas bien méchant.
Il est 4 heures , les lumières de la ville s’éloignent. Le ciel est clair et étoilé. C’est impressionnant.

A quelques mètres de nous, le Strobinell a pris un long tour de garde qui doit nous mener jusqu’à Portsmouth. Assister au lever du soleil dans ces conditions nous positionne ailleurs, membres privilégiés d’un spectacle unique qui nous communique l’enthousiasme et le bien être. C’est tout au moins ce qui ce passe dans ma tête, car pour Cécile le scénario n’est pas le même. Elle commence a ressentir le mal de mer. Elle refusera tout au long de se faire remplacer.

 « On approche du rail d’Ouessant.  Vous avez bien marché jusqu’à présent ». Didier en zodiac est venu nous amener du ravitaillement et s’assurer du moral de la troupe. Ici, a bord chacune assure une heure de barre après quatre heures aux avirons. Je ne suis pas la seule à apprécier lorsqu’arrive le tour de Dominique. Pour briser la monotonie, elle entonne quelque airs de chants de marins. « nous, quand on chantait, c’était pour nous donner du courage ». Ainsi résument souvent les vieux marins, à qui on pose la question sur la valeur du chant dans l’ancienne marine à voile. Je comprends mieux ces propos.

   11 heures. 
La mer est calme,  le ciel légèrement voilé. Nous sommes au niveau de la bouée CE2 qui délimite le milieu du rail. Soudain, devant nous, sortant d’une légère brume, un premier bateau, puis un autre. Ils sont a cinq ou six d’affilé. Il ne faut pas traîner dans les parages. On saute la pose de 11 heures qui devait nous amener un repas consistant a base de riz au lait….C’est difficile. Il faudra ramer une heure de plus. Une heure pour se dégager du rail montant .C’est long quand l’estomac est vide. Le pointage de Didier est causant, notre vitesse accuse une sérieuse chute.

  16 heures. 
« On n’a jamais été aussi près de Portsmouth ». Et pourtant…..Pendant les préparatifs, on avait dit que l’Ile de Wight était très haute. Elle serait visible presqu’à mi-parcours. Nous sommes au 2/3 et toujours rien. Bien sûr la brume est là !  Wight aussi nous assure-t-on du bateau accompagnateur.

 20 heures. 
Ils nous le font pas sentir, mais sur le Strobinell ils craignent que l’on ne tienne pas jusqu’au bout. Vers les vingt heures, ils nous annoncent qu’on se situe à la perpendiculaire de la pointe sud de l’île. Elle est toujours invisible. Il nous faudra une heure et demie avant de l’apercevoir. Cette fois ci , on peut hisser nos pavillons : Breton, Anglais, et Français. Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos peines. Nous avons 2 heures de retard sur la marée, et la renverse a eu lieu. Pour nous cela signifie devoir remonter jusqu’à Portsmouth à contre courant.

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                Voilier accompagnateur « Strobinell », derrière l’île de Wight.

    22 heures.  
Maintenant que le but est si proche….On décide de longer l’Ile de Wight,  mais le courant se fait sentir. A 22 heures 45 minutes , on Bembridge. Ça fait dix neuf heures et 45 minutes que nous avons embarqué dans la yole. C’est Didier qui nous fera prendre l’ultime décision. Lorsqu’il nous dit : « Si vous arrêtez ici, c’est quand même gagné. Portsmouth ou Wight, la traversée est assurée ». On investit nos dernières forces dans le quart d’heure qui suit. Un quart d’heure ou chacune se remémore les moments les plus difficiles. C’est sans doute pour mieux les effacer qu’on s’acharne sur les avirons. Et c’est à une vitesse de course que la yole franchit la ligne imaginaire de notre arrivée.

Anne

Didier

Je me souviens d’un des premiers entraînements conséquent sur une longue distance avec la yole : Audierne, Concarneau.

J’amène la yole sur la cale de Plouhinec (en face d’Audierne), mise à l’eau et récupération du chariot.

C’était un matin de printemps vent de Nord Ouest faible et favorable, tout s’annonce bien.

Elles sont parties et je dois les récupérer à Concarneau. Mais voilà les prévisions météo normalement bonnes se dégradent, Bah !!! Elles en n’ont vues d’autres les filles et puis elles ont une VHF, n’empêche que le doute s’installe ….A la pointe de Penmarch ça doit faire vilain.

Jusqu’à la bas, il y a env. 14 milles à parcourir, rapide calcul : on peu tabler sur 4 nds de moyenne, donc dans un maximum 4 heures elles doivent y être. J’ai rejoint le bar de chez Francis (notre QG) l’inquiétude monte.

On téléphone au sémaphore de Penmarch, pour eux c’est impossible à voir l’état de la mer

aucun bateau de cette taille n’a pu passer. Parmi nous c’est le gros flip, où elles sont, on se rassure tant bien que mal, il y a aussi les fusées rouges…. on craint le pire. Enfin un coup de fil du Guilvinec nous rassure, il était temps on envisageait de faire appel à
la SNSM. Quand je les ai récupérées elles étaient toutes trempées et transies de froid, mais elles avaient passées

avec une grosse frayeur. A peine 20 milles au compteur et la traversée de la manche c’est 70, il leur manque encore beaucoup je suis un peu amer car a mes yeux c’est un abandon.

25 mars, 2008

Fin de journée…

Classé dans : souvenirs — didd @ 16:21

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                               Pors loubous vu de la mer

7 Août 2005
Le vent adonne et mollit encore dans cette fin de journée, décision est prise je rentre.
Dix minute plus loin, je suis presque tanké, le bateau répond à peine à la
barre.
J’arrive péniblement à lofer dans ce vent mollasson.

Ça va sûrement revenir Je choque un peu sur la corne, je largue un poil d’hale bas de bôme, la grande
voile se creuse, les lattes forcées font un vilain pli dans la toile, mais c’est surtout dû au manque de vent, le génois léger est à poste, lui il captera le moindre souffle.
Alors Éole, tu me fais chier !!!!! si ça continue je ramasse tout.
Et puis c’est souvent comme cela, les penons dans les haubans reflottent,
petite risée salvatrice, les voiles se regonflent, ça reste très léger, mais suffisant pour faire redémarrer le bateau, surtout ne pas trop abattre.
C’est le vent que je dois suivre pour ne pas le perdre,  je prends un cap de
90° de ma route retour qui m’emmène directement au large.
Mais j’aime bien l’allure et je laisse filer, il marche bien dans le petit
temps ce bateau, bonne sensation de glisse.
Je croise deux voiliers qui rentrent sur Audierne aidés de leurs moteurs.
Je suis bien sorti, vue superbe sur la Pointe du Raz, Ile de Sein, les phares de la Vieille, Thévénec, et plus loin perdu dans l’ouest le plus dur d’entre eux : Ar Men.

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                                          Mouillage du Loch

Je veux laisser courir jusqu’à apercevoir la digue du port du Loch derrière la pointe du Mouton, et après c’est décidé j’empanne et je déboule rejoindre directement  mon mouillage sur la rade.
Derrière ça flamboie, le coucher de soleil va être magnifique, mais je n’ai plus de place dans mon appareil photo, (ah krotalors).
J’ai empanné, mais le vent a décidé de compromettre ma route, il vient de réadonner et remolir.(un grand classique)
Le meilleur cap que je  peux faire me ramène grosso-modo d’où je suis parti.
Ce n’est pas grave, je suis têtu moi.
Les premiers phares s’allument, ceux du Raz et dans le lointain, à une quinzaine de miles : Eckhmul.
Tout est solitude et silence, les seuls bruits sont ceux de la nature.
La houle d’Ouest qui résonne dans les grottes et les kougons.
Les goélands et cormorans qui se chamaillent les meilleurs coins pour la nuit,
Le Raz de Sein qui coule dans l’ouest comme un ruisseau.
C’est le flot, et ce courant de marée m’aspire, et bien qu’ici il ne soit pas très violent j’avance à peine.
Je n’ai pas amené le GPS, et les amers côtiers, pour contrôler ma position, sont perdus dans le sombre.
Une seule certitude : gagner au plus vite vers la terre où je pourrai bénéficier de contres favorables.
Une bouée but de pécheur  sort de l’obscurité, elle laisse derrière elle un sillage révélateur du courant trop fort.
Je met un temps fou pour la doubler.
J’avance a peine à un demi nœud, et le Loch est à trois milles.
La messe est dite : il me faudra mettre le moteur
Je laisse filer encore un peu, pour profiter un maximum de ces moments de bonheur qu’il me faut savoir voler.
Rappel du petit dico

Adonne Vent qui adonne, vent qui revient sur l’arrière, plus portant.
le vent arrière n’est pas une allure facile pour un voilier,  c’est là qu’il est le moins appuyé par ces voiles Il est dur à équilibrer, et dans le petit temps il n’avance plus du tout. car c’est là où le vent relatif est le plus faible.
Refuse: Contraire de adonner,
vent qui vient dans l’avant du bateau.
Mollir Vent qui mollit, vent qui faiblit Fraichir Contraire, Vent qui se renforce
Lofer: Se rapprocher de l’axe du vent. Abattre : action contraire de lofer.
Tanké:  Arrêté (jargon de Plogoff)
Choquer: Donner du mou à une écoute ou une drisse.
Border Une écoute action contraire de choquer : Raidir.
Étarquer : Une drisse action contraire de choquer : Raidir.
Corne Vergue supérieur dans un gréement aurique.
Hale-bas : Palan qui permet de tirer vers le bas.
Haubans : Sert a tenir le mât latéralement.
Bôme : Vergue basse dans un gréement aurique, on l’appelle Gui en terme vieux gréement.
Risée : Souffle de vent (on la voit souvent arriver à la surface de l’eau)
Allure : Position du bateau par rapport au vent.
Empanner : changer d’amure en passant le vent arrière
Amure : coté d’où le bateau reçoit le vent, soit Bâbord soit Tribord
Génois Voile triangulaire d’avant (de plus grande surface qu’un foc), utilisée dans le petit temps. Penons : Petits brins de laine amarrés dans les haubans, donne la direction du vent apparent.
Flot : marée montante
Jusant : marée descendante.
Amers : toutes constructions terrestres ou maritimes portées sur les cartes marines et qui servent à faire le point.
Noeud : 1 mile/heure (1/2nds = env. 1KM heure)
Mile 1852 mètres
Bouée but. marque flottante servant a retrouver les engins de pêche.

Un mot pour une chose ou une action bien définie.

19 décembre, 2007

Ilot Tévennec

Classé dans : souvenirs — didd @ 16:49
Avec des amis on avait projeté d’y passer une nuit ou deux, mais le coin reste redoutable, hauts fonds, courant, houle….
C’est l’îlot Tévennec, il fait partie du balisage du passage du Raz de Sein,
L’endroit parait idyllique pour passer quelque temps….. mais il a un triste passé….
Le premier gardien devint fou,
et le deuxième aussi,

L’îlot Tévénnec était hanté,
A partir de 1893 deux gardiens furent affectés au phare.
l’un d’eux mourut quand même, dans les bras de son collègue.
Plus tard un autre gardien se blessa mortellement en tombant sur son couteau, et son collègue fut accusé de meurtre,
Tout cela malgré que la roche fut bénite et qu’on éleva même une croix…
En 1898, on décida  de faire venir un ménage (mari femme enfant)
Le gardien Méliner meurt, sa femme est seule et faute de secours, vida et sala le cadavre de son mari pour qu’il puisse être inhumé en terre bénite…..
Jusqu’à trois enfants (dont bébé) y vécurent, et on y fit venir une vache Pie Noire, nourrie par bateau, qui donnait du lait et du beurre à la famille.
Une femme accouchait même sur le rocher, en plein milieu d’une tempête, et elle perdit son bébé prématuré, quelques jours plus tard.
Enfin un ouragan arrache le toit de la maison…
En 1910, le phare devient feu permanent à gaz, sans gardien.
Mais Tévénnec restera un endroit maudit.
Aujourd’hui le phare est solarisé et automatisé. (paru dans un bulletin municipal de Plogoff)
Sous l’îlot Tevennec, on a ensuite découvert une grotte sous marine qui traverse entièrement la roche.
Pendant les tempêtes la mer et la houle en s’y engouffrant faisait un bruit de tonnerre,
Pour les gardiens à cette époque c’était la voie du diable….
Le phare se trouve aussi devant la sinistre baie des trépassés….
Et toutes les légendes, croyances et réalités n’arrangeaient pas les choses.
Un gardien à cette époque restait plusieurs mois au phare, et les premiers étaient tout seul,
La seule façon de communiquer avec l’extérieur était au moyen de drapeaux.
On se rend compte quand on y est de l’éloignement par rapport à la terre,
rajouté a cela les mauvaises condition d’hiver, ces hommes se retrouvaient souvent complètement isolés et injoignables pendant des semaines.

 

phare3.jpg

                      Ilot Tévennec

 

 

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